Le poème des poèmes (chant d’amour)

Traduction du Cantique des cantiques par Olivier Cadiot – Exégèse : Michel Berder – Avec l’aimable autorisation des Editions Bayard

LE POÈME DES POÈMES

Traduction du Cantique des cantiques par Olivier Cadiot.
Exégèse :
Michel Berder.
Avec l’aimable autorisation des Editions Bayard.

Direction artistique : Heidi Brouzeng
Conception et interprétation :
Heidi Brouzeng (voix, clarinette)
Vincent Fortemps (dessins)
Aude Romary (violoncelle amplifié, clarinette),
Création avec la collaboration artistique d’Eve Coltat.

UN SPECTACLE MUSICAL, SONORE ET PLASTIQUE

Le Poème des poèmes est l’un des plus mystérieux et des plus discutés textes de la Bible. C’est un extraordinaire chant d’amour, énigmatique, sensuel et joyeux. Aller de l’oralité au chant, résister aux tentations de reconstitution d’un éventuel conte… En associant au texte, la musique, le son et la projection dans l’espace de peintures réalisées en direct, favoriser l’émergence d’une scène d’apparitions, ou d’évocations, comme dans le rêve, le voyage onirique, que font (peut-être…) les protagonistes amoureux du Poème… S’en tenir, quoi qu’il en soit, à ce qui peut ouvrir une expérience physique, sensorielle, de la langue…

Le Cantique des cantiques est l’un des plus mystérieux et des plus discutés textes de la Bible. Il ne pouvait échapper, dans ses différentes traductions, aux interprétations historiques, d’idéologies morales ou religieuses. Ces interprétations ont masqué longtemps la nature même du poème : un chant. Et un chant d’amour. Il se déploie sous la forme d’une suite de poèmes, alternés entre une femme et un homme, qui, prenant à témoin d’autres personnes ou des éléments de la nature, s’appellent, se cherchent, se trouvent et se rejoignent, mais aussi se séparent (sont séparés), souffrent ou jouissent. Considéré communément comme étant l’œuvre d’un compilateur du 4ème siècle avant JC (qui y aurait fondu différents poèmes, rédigés à différentes époques), il peut tenir des poèmes d’amour de l’Egypte ancienne, ou, avec son esthétique écologique qui rappelle les Sangam, des poèmes d’amour Tamoul. Mais il tient tout aussi bien de la langue d’aujourd’hui : la spécificité du poème, comme son actualisation, c’est l’érotisation même de la langue qui diffuse, tout le long du texte, une formidable ébriété amoureuse. La traduction d’Olivier Cadiot s’est inscrite dans l’énorme entreprise de retraduction de la Bible, impulsée par les Editions Bayard dont le but était, en révélant les dimensions littéraire et poétique des textes sacrés, d’en proposer une approche culturelle. Il en résulte un texte significativement dégraissé des interprétations habituelles, extrêmement pur, concret, qui approche cette délicate ironie de la sensualité du langage ; « ni vers ni prose, du rythme ! »(2). C’est d’abord en tant que tel, chant d’amour, parabole de la relation amoureuse, que ce texte m’émeut et me fascine. A condition d’admettre qu’il ne se réduit pas à une trame narrative linéaire, on y est transporté par un souffle ardent. Il est traversé d’un désir puissant, entre attente et jouissance, entre inquiétude, brutalité parfois et sensuelle tendresse. L’amour s’y trouve exalté comme art de vivre, aussi bien dans la sexualité, que la joie devant les animaux sauvages, les fruits, les arbres, les paysages ou que le ravissement devant de sublimes réalisations artisanales (bijoux, boiseries, pierreries…).

 

J’avais envie de son ombre
oh m’asseoir
Son fruit si doux à mon palais
Il m’a fait entrer dans la maison du vin
il y a une enseigne au-dessus de moi
C’est Amour

 

  • (1) Le titre, pour exemple : l’hébreu Shir Hashirîm signifie Chant des chants. La traduction en « Cantique des cantiques » revêt une orientation ecclésiaste ; celle en « Poème des poèmes» fait surgir une opposition inexistante dans la langue hébraïque, entre prose et poésie.
  • (2) Henri Meschonnic