INTERVIEW DE CAROLE DELAVEGA

Carole pourquoi n’aimes-tu pas la musique des années 70 ?

Parce que l’idée d’écouter de la musique faite par des gobeurs de LSD périmé me fait l’effet de regarder une aquarelle pisseuse dans mon salon, et au final, les rythmes lents et lourds m’ennuient profondément, sans parler des accoutrements.

Parle-nous de tous les groupes de filles que tu as eu.

Le premier s’appelait BBC (1999-2003) et nous nous dépravions à Pau. Le nom est l’abréviation des trois prénoms des membres du groupe, à savoir : Béa à la batterie, par la suite batteuse des Belmont ; feu Beb/alias Bérengère Cabannes, à la basse, qui a agit ponctuellement dans Shunatao entre autres. L’idée était de faire une musique électrique sans préjugés de style, et sans contraintes techniques, donc pas d’accords à priori, etc. Toutes les 3 étions néophytes et cultivions l’anti-technique et pas forcément l’anti-mélodie, donc ça donnait des choses assez étranges ! ça donnait une musique plutôt éclectique, cinglante, mélancolique et énervée aussi, avec 3 chants féminins assez punk, aux langues différentes (Beb parlait plusieurs langues dont l’arabe). 
Puis après les BEESSIES (2003-2006), d’abord en duo avec Béa et sur une tonalité beaucoup plus garage punk dissonant aux accents 60’s, l’idée était de s’amuser à fricoter avec les girls band 60’s mais d’une façon plus décalée et énervée. Mon son de guitare était,disons, « assourdissant » (mais j’ai quand même eu un compliment là-dessus de Andy Moor, pas peu fière !). Le duo est vite devenu un quatuor avec… un garçon, le bassiste étonnant Jean-Marc Saint-Paul, qui jouait entre autres dans Kourgane (du saxophone). Le son est redevenu très ouvert, avec des accents jazz expé electroclash ! Pendant toutes ces années-là, les retours du public du point de vue du style était plutôt décevants car faisant référence aux seuls groupes de filles connus (chanteuses) dans le genre : the B52’s, The Slits, Nina Hagen, Babes in Toyland… mais je trouve que ça n’avait rien à voir personnellement… 
Ensuite il y a eu BEESSIES FOR EVER (2006-2008), orientation franchement rock’n roll et garage, duo avec Sarah Gautier (sœur d’Olivier Bernet qu’on ne présente plus) mais avec toujours un flottement dans le jeu, revendiqué et assumé, des concerts très alcoolisés, revendiqués et assumés également !
Enfin il y a eu PSCH-PSHIT (2008-2010), avec Mariele (Zero Branco etc, la liste de ses groupes est beaucoup trop longue pour l’interview !), Anne Wambergue (des BTT, chorégraphe du groupe), et d’autres figures qui sont passées plus ou moins longtemps : Stéphane Gillet (Stef & Arno), Jimmy (Mars Red Sky), Béatrice Hervot, etc… après la vague électroclash, je voulais me frotter à l’électro rock mais en français, un peu dépravé et coquin, et on a fait une sorte de pop punk surréaliste assez fraîche me semble-t-il, avec chorégraphies bien chiadées sur scène, micro-casques, façon Madonna ou Peaches, au choix, c’était drôle.
 Actuellement, j’ai un groupe avec Marion Birard et Albane (Bass Bass Gâterie), qui commence doucement.
(C’est pas un peu long ?)

Comment s’appelle votre duo avec Isabelle et d’où cela vient-t-il ?

Le duo s’appelle OUI, NON, PEUT-ÊTRE et ça vient d’un extrait de texte de la dame (Isa saura en parler mieux que moi) Je dirai que ces trois mots-phrases illustrent bien la posture de Duras, que je trouve assez punk justement. Si ce mot ne doit pas dire signifier le style musical et vestimentaire assez artificiel (Malcolm Mac Laren) de l’Angleterre des années 77-79, mais plutôt une attitude face à la vie, entre nihilisme et humanisme, fragilité et assurance, tout en rupture quoi ! Mélancolie et amusements ! COMME LA DURAS ! Rien n’est définitif, tout est changement permanent, et la certitude est parmi le pire des maux.

Es-tu féministe ?

Bien sûr ! Le sens du mot est discutable, comme ses connotations, mais il me semble que toute femme devrait être féministe, comme tout homme humaniste) : se respecter soi-même, se faire respecter, être solidaire de ses paires, et appréhender les autres autrement qu’exclusivement par l’appartenance sexuelle.

 

Donne-nous une recette de cuisine punk et délicieuse, quelque chose de court, direct et savoureux !

Prenez un paquet de surimi bien dégueu, des tomates séchées bien grasses dans leur huile, beaucoup d’ail qui parfume l’haleine, tout ça dans la poêle et faites dorer, puis mélangez à une bonne platée de tagliatelles fraîches, rajouter un rail de parmesan et … mmmh c trop boooon !!

 

Parle-nous d’un artiste bordelais qui t’a frappée récemment.

J’ai vu récemment et plusieurs fois (!) un  » solo act proto post  » du nom de TETTE CHÈVRE que j’ai trouvé à la fois rythmiquement très dansant, musicalement très personnel (beaucoup de références), et expérimental au niveau de la construction et de la recherche de son et d’atmosphère. Machines et chant, ça mélange plein d’influences. Le dernier concert vu de lui à l’Athénée Libertaire la semaine dernière était vraiment très très bien !

 

Peux-tu nous parler de quelques figures du rock féminin qui t’ont marquée ?

La première à qui je pense c’est la chanteuse de Kas Product, Mona Soyoc, car c’est la première qui m’a fait rêver à 14 ans ! Qui a très bien vieilli d’ailleurs, je les ai revus à l’Iboat il y a deux trois ans pour leur revival, et elle est toujours aussi sympa et énergique à 60 balais. Ensuite il y a eu des filles très différentes selon les genres musicaux car j’ai écouté des trucs vraiment très différents tout le temps. La deuxième que j’ai adoré pendant des années, c’est Kim Gordon, forcément, elle et son groupe ont éduqué mes oreilles autour de mes 18 ans, je l’ai vu souvent en concert aussi. Il y a eu aussi Katlheen Hanna (Bikini KIll, Le Tigre). A un moment, j’ai aussi beaucoup apprécié la personnalité de Françoise Cactus, chanteuse batteuse de Stereototal, que j’ai eu l’honneur de remplacer à l’occasion d’un de leurs concerts à l’Iboat tiens aussi d’ailleurs ! (car elle était malade). Et puis dernièrement, j’ai redécouvert des figures punk des années 80, comme Edith Nylon par exemple (Edith Nylon c’est le nom de son groupe mais son vrai nom c’est Mylène Khaski), qui me plaît pas mal dans sa posture, son audace et sa simplicité légère parce que je trouve que définitivement, ce qui me plaît le plus dans l’approche féminine du rock, c’est que c’est souvent très humble et léger (au sens : sans se prendre la tête), ce qui n’enlève rien à toutes sortes de revendications et de postures punk justement.