INTERVIEW DAVID CHIESA ET JULIA ROBIN

Photo : Bruce Milpied (Hans Lucas)

Photo : Fanny Castaing

Julia Robin / David Chiesa : double interview avant leur première sortie mondiale, le 23 mars à Quartier Libre, Bordeaux

Julia Robin – Contrebasse et chant

1/ quel nom pourrait avoir ce duo ?

J'ai proposé la Brute et le Truand... David a ri, alors on a opté pour Chiesa/ Robin... Plus lisible, à défaut d'être original, non ?

2/ Comment chacun pourrait-il décrire le travail de l’autre ?

La vérité, c'est qu'on ne se connaît que très peu ! J'ai dû voir David une fois en concert, avec Sophie Agnel, et lui n'a jamais dû me voir. Alors parler de son travail, ce n'est pas évident évident.

A travers les quelques discussions qu'on a pu avoir, il y a quelque chose de très appréciable chez David, c'est qu'il a les oreilles grandes ouvertes, ce qui n'est pas toujours le cas quand on se frotte à la faune des improvisateurs. On peut évoquer Beyoncé sans avoir peur de se prendre un missile sol-sol qui nous terrasse sur place ! David n'a rien contre le groove, la mélodie, ou l'harmonie, même si ce n'est peut-être pas ce qu'il cherche à développer dans son travail. Ça n'a l'air de rien, comme ça, et pourtant, à mes yeux, ça dégage pas mal le terrain !

Ensuite, je dirais qu'il est un amoureux du son et de la matière, qui bidouille, qui bricole, qui fabrique. Son intérêt pour l'aspect scientifique des fréquences, son cadre de piano préparé, ou quand il te dit qu'il a regardé comment on fabrique un e-bow sur internet, moi qui suis strictement instrumentiste, ça me fascine.

Enfin, lors des quelques sessions que nous avons faites, j'ai trouvé un partenaire de jeu qui propose une palette sonore très riche, mais qui en plus écoute tout ce qui se passe (encore les oreilles grandes ouvertes), ce qui lui permet de toujours se placer avec justesse et réactivité dans la musique qu'on est en train de construire. Il sait avoir cette double vision, cette double concentration : jouer son truc, et en même temps avoir conscience de la forme qui se joue.

Bref : "le travail de David, il est très très bien, avec lui tu peux jouer de la musique sans te prendre la tête, et à la fin t'es content, et tu vas boire des bières" ce que nous n'avons pas encore fait...

3/ pourriez-vous faire un petit descriptif de votre travail en solo

Au départ, je suis contrebassiste de formation classique, et j'ai découvert l'improvisation à peu près en même temps que mon instrument. Je considère l'improvisation non comme une fin en soi, mais comme un matériau, un vocabulaire, une manière de s'exprimer qui vient en plus du reste. Une valeur ajoutée au service d'une cause plus grande cause : la musique.

J'ai commencé à chanter des chansons en m'accompagnant avec la basse assez tardivement. J'ai commencé par monter tout un set de reprises de ce que j'appelle mes standards, des trucs de Bowie, des Beatles, de Janis Joplin.... Je me suis un peu fait la main avec ces chansons. Mais dans ce set, quelque chose me gênait, quelque chose me manquait : jouer de la basse.

Alors ce solo, dans sa forme actuelle, se concentre sur le répertoire de Joni Mitchell (première période, moins connue, période folk, des textes d'une grande poésie, des mélodies qui sortent de nulle part !), et j'insère des espaces d'improvisation qui servent d'écrin aux chansons.

L'objet final est donc très personnel, à un croisement des genres, où je me sens parfaitement à ma place.

4/ comment qualifieriez-vous votre rencontre musicale ?

Eh bien, ça faisait une paire d'années qu'on se croisait, soit au marché, soit à un concert, et qu'on se disait "mais ce serait bien qu'on se fasse une session". Et puis on s'est croisé une fois de plus (dans une pizzéria), on s'est redit la même chose, mais là, on a calé une date pour finalement se la faire, cette session. Et le dénouement fût heureux.

Pour parler un peu plus de l'aspect musical de cette rencontre, je dirai qu'en rencontrant David, des pistes que j'avais laissées depuis un moment de côté, faute de partenaire, se ré-ouvrent. Jouer à 2 basses, improviser, bien sûr, mais aussi aller chercher du côté de la musique contemporaine, qui propose de belles pièces pour les contrebasses, et qui nourrit l'imaginaire et le langage.

5/ quels sont les contrebassistes qui vous inspirent ?

Claude Tchamitchian, Bruno Chevillon, Barre Phillips, Joëlle Léandre, Dave Holland, Scott LaFaro, Charlie Haden....

Et Leland Sklar !!! C'est LE bassiste électrique de Julio Iglesias et de Ricky Martin !!! Plus sérieusement, c'est le bassiste que tu retrouves chez James Taylor, David Crosby, Randy Newman, pour ne citer qu'eux, la liste des disques sur lesquels il figure est longue comme mes 2 bras... Mais surtout, c'est LE bassiste de la BO de mon film préféré de tous les temps, et de l'Univers : Phantom Of The Paradise... Leland Sklar, amen !

 6/ quel est votre titre de jazz préféré ?

Un seul, c'est trop dur, je peux pas choisir, je te donne mon top 5 préféré de mes titres de jazz préférés :

Kind Folk, sur Angel Song de Kenny Wheeler

Five-Two, un morceau de Scott Colley, sur Portable Universe

Dear Lord, de Coltrane

You Must Believe In Spring, de Bill Evans

Alice's wonderland, de Mingus

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David Chiesa, contrebasse, cadre de piano

1/ quel nom pourrait avoir ce duo ?

Duo Julia Robin / David Chiesa (original non ?)

2/ Comment chacun pourrait-il décrire le travail de l’autre ?

Je connais peu le travail de Julia à vrai dire. Mais de ce que j’ai découvert durant les séances que nous avons faites, c’est un beau son, puissant. Une écoute très active qui ne se laisse pas emporter dans le jeu du “question / réponse” et une belle capacité à prendre la musique dans sa globalité, que ce soit dans l’instant mais aussi la forme.

3/ pourriez-vous faire un petit descriptif de votre travail en solo ?

Cet instrument n’est pas mon instrument en fait. Je l’ai découvert par hasard dans l’arrière-boutique d’un magasin de musique d’occasion il y a 20 ans Rue du Mirail (Music Argus, certains s’en rappelleront) et en ai fait l’acquisition pour la somme considérable de 100 Francs !!! Je n’ai pas cherché à l’utiliser pendant des années. Un jour, après avoir pris un peu de temps pour ressouder les composants électroniques et avoir mis une prise Jack, j’ai découvert qu’il faisait un son intéressant. C’est l’écoute des pièces pour piano préparé de John Cage qui au début m’ont fait me pencher dessus, puis il y a le travail de nombres de mes compagnons de jeu pianistes, notamment Frédéric Blondy et Sophie Agnel qui ont fait un travail merveilleux à l’intérieur des pianos. N’étant pas pianiste (et ce cadre ne possédant pas de touches de toute façon), c’est devenu pour moi un générateur de son que je découvre encore. J’emprunte des “techniques” à mes collègues et en découvre d’autres qui sont propres à ce cadre qui est amplifié, contrairement à un piano acoustique.

4/ comment qualifieriez-vous votre rencontre musicale ?

Je la qualifierai d’inattendue et curieuse ! Mais bienheureuse ! Et l’idée de travailler sur des pièces soit écrites, soit improvisées, mais allant dans des directions esthétiques qui nous intéressent l’un et l’autre me réjouit !

5/ quels sont les contrebassistes qui vous inspirent ?

Barre Philipps, Simon H Fell, Camille Perrin, Ulrich Philipp, Charlie Haden

6/ quel est votre titre de jazz préféré ?

Lonely Woman d’Ornette Coleman